“Sarkozy n’aime pas les Africains !”
Posté le 29 février 2008 à approximativement 21:41
Photo : Ch.P.
Je pensais être tranquille.
En partant au Burkina Faso, loin des hôtels 3 étoiles, des postes de télévision et des connexions Internet, j’imaginais une pause fort bienvenue, pendant laquelle je n’entendrais plus parler de Sarkozy.
Si la trêve médiatique a bien été préservée, ce sont les Burkinabè qui sont venus me rappeler l’existence de notre cher président.
« Vous êtes Français ? Ah Sarkozy… Sarkozy n’aime pas les Africains ! ».
Cette interpellation, nous l’avons entendue souvent, dans les marchés, dans la rue, autour d’un verre.
Le discours de Dakar a laissé des traces. Les lois et les mesures contre les immigrés et les sans papiers aussi. Les manœuvres de la France, teintées de néo colonialisme, au Tchad en particulier, ont enfoncé le clou.
J’écoute Georges, à Ouagadougou, expliquer que certains africains ont cru aux promesses du candidat Sarkozy de rompre avec l’infâme Françafrique. Et puis, de constater rapidement que les actes du président étaient en désaccord avec ses paroles.
Il commente la politique d’immigration qui est la nôtre, raconte des difficultés administratives aberrantes pour l’obtention d’un visa de tourisme.
J’entends le maire d’une petite commune située non loin de Bobo Dioulasso nous expliquer que sa demande de visa lui a été refusée. Il ne comprend pas, il accueille et héberge des amis français chez lui depuis des années. Il était à son tour invité chez eux.
Il dira simplement qu’il a été « très déçu ». Derrière la pudeur de cette phrase, on sent que cet homme a vécu ce refus comme une humiliation. Il va retenter sa chance avec son nouveau statut de maire.
Un étudiant croisé dans le bus entre Pô et Ouaga explique que selon lui, le Burkina est certes très en retard, mais que le pays change et avance. Il dit que pour nous c’est l’inverse, que la France est en pleine régression, par rapport à sa politique, à ses valeurs… Il a raison.
Ces quelques exemples tirés d’échanges sont autant de miroirs qui réfléchissent des images de mon pays que je n’aime pas.
Que je n’aimais déjà pas avant.
Mais qui, là, me font honte.